Matthieu Ricard : l’amour, émotion suprême

Un article qui replace a sa juste position la psychologie positive et surtout qui parle de l’amour avec un grand A. L’amour universel celui qui donne l’unité supreme. Merci Mr RICARD pour ce billet du point pour la sortie du livre Love 2.0.

 

Un livre démontre que la clé du bonheur est l’amour, non conçu comme un attachement stable mais comme une résonance renouvelable entre des personnes.

 

Par MATTHIEU RICARD

Le dernier ouvrage de l’une des pionnières de la psychologie positive, Barbara Fredrickson, Love 2.0 vient de paraître en traduction française (1). Contrairement à ce qui a été souvent dit et écrit à tort et à travers, la psychologie positive ne consiste nullement à « positiver » en essayant de voir la pauvreté, la maladie, la violence et autres souffrances sous un jour plaisant ou en imaginant que tout ce que nous souhaitons va automatiquement se réaliser. Il s’agit encore moins de la « pensée positive » promue par des ouvrages populaires dénués de tout fondement scientifique, comme Le Secret de Rhonda Byrne qui proclame qu’il suffit de souhaiter fortement quelque chose de « positif » pour que cela se produise. Il est clair que l’Univers n’est pas à la disposition de notre psychisme et ne constitue pas un catalogue sur lequel nous pourrions commander tout ce qui est censé satisfaire nos désirs et nos caprices.

La psychologie positive, pour sa part, est un domaine de recherche scientifique qui s’est donné pour but d’étudier et de renforcer les émotions positives, celles qui nous permettent de devenir de meilleurs êtres humains, tout en éprouvant une plus grande joie de vivre. En 1954, le fameux psychologue Abraham Maslow avait déjà fait remarquer que la psychologie avait connu beaucoup plus de succès en étudiant l’aspect négatif de l’esprit humain que son aspect positif : « C’est comme si la psychologie s’était volontairement limitée à une seule moitié de son domaine de compétence – la moitié la plus sombre et la plus pernicieuse. »

Une spirale ascendante

Or, les affects plaisants et déplaisants ne représentent pas seulement des contraires, mais procèdent de mécanismes différents. Se contenter d’éliminer la tristesse et l’anxiété n’assure pas automatiquement la joie et le bonheur. Il est donc nécessaire non seulement de remédier aux émotions négatives, mais aussi d’accroître les émotions positives.

Si l’expression « psychologie positive » avait déjà été utilisée par Maslow et autres auteurs, le premier article théorique qui donna ses lettres de noblesse à ce domaine de recherche s’intitulait « What good are positive emotions? » (Qu’est-ce que les émotions positives ont de bon ?) publié par Barbara Fredrickson en 1998 dans laReview of General Psychology.

La même année, un groupe de psychologues s’est réuni sous l’égide de Martin Seligman, alors président de l’Association américaine de psychologie, et de Mihaly Csíkszentmihályi, bien connu notamment pour sa théorie du « flux » (l’expérience gratifiante d’être totalement immergé dans ce que l’on fait, état dans lequel les pensées et les actions s’enchaînent naturellement avec fluidité), pour fonder le Réseau de psychologie positive.

Les émotions positives telles que la joie, le contentement, la gratitude, l’émerveillement, l’enthousiasme, l’inspiration et l’amour sont bien plus qu’une absence d’émotions négatives. Cette dimension supplémentaire ne se réduit pas à une simple neutralité de l’esprit : elle est source de profondes satisfactions. À l’inverse de la dépression, qui provoque généralement une plongée en vrille, les émotions positives engendrent une spirale ascendante : « Elles construisent la force d’âme et influencent la façon de gérer l’adversité », écrit Fredrickson.

Une nouvelle définition de l’amour

En France, un nombre croissant de chercheurs et de cliniciens s’intéressent à la psychologie positive, comme en témoignent notamment les ouvrages de Jacques Lecomte, Rebecca Shankland etChristophe André (2).

Dans Love 2.0, une synthèse de l’ensemble de ses travaux et de ceux d’autres scientifiques, Barbara Fredrickson va plus loin : elle avance, preuves à l’appui, que l’amour est l’émotion suprême. C’est l’émotion positive par excellence, celle dont les bienfaits sont les plus étendus et les plus puissants.

Mais, attention, vous n’y retrouvez peut-être pas votre définition habituelle de l’amour : pour Fredrickson, l’amour est une résonance positive entre deux ou plusieurs personnes. L’amour n’est pas un état d’âme stable gravé en nous pour des mois ou des années : c’est une émotion passagère mais renouvelable à l’infini.

En effet, les recherches ont montré que si l’amour est éphémère du fait qu’il est très sensible aux circonstances et nécessite certaines conditions préalables, une fois que l’on a identifié ces conditions, on peut reproduire ce sentiment d’amour un nombre incalculable de fois par jour. Selon cette définition, l’amour est à la fois plus vaste et plus ouvert, et sa durée plus courte qu’on ne l’imagine généralement. Nous sommes donc loin de ce que nous appelons habituellement « amour », qu’il soit romantique ou filial, ou qu’il s’agisse d’un engagement par le mariage ou tout autre ritue

Lire l’ensemble de l’article

 

Leave A Response

* Denotes Required Field